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Ebola en RDC : l’ANICNS au cœur de la riposte numérique

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À l’heure où la maladie à virus Ebola continue de mettre à rude épreuve le système sanitaire congolais, une autre bataille se joue loin des laboratoires et des centres de traitement : celle de la donnée, de la connexion et de la rapidité d’alerte. Dans cette dimension moins visible de la riposte, l’Agence nationale d’ingénierie clinique et du numérique de la santé (ANICNS) intervient sur le terrain pour transformer les outils numériques en instruments opérationnels de surveillance et de coordination.


Déclarée le 15 mai 2026, la 17ᵉ épidémie d’Ebola, liée au virus Bundibugyo, s’est progressivement étendue au-delà de son épicentre de l’Ituri. Au 8 août, les autorités faisaient état de 4 294 cas confirmés et de 1 960 décès dans cinq provinces. La situation s’est encore élargie avec l’apparition de cas dans le Bas-Uélé. Cette progression donne une portée particulière au travail de surveillance aux points d’entrée et de sortie, où la circulation des personnes peut devenir un facteur de propagation.


C’est précisément sur ce terrain que l’ANICNS apporte une réponse technologique. L’Agence intervient aux côtés des structures de la riposte, notamment l’Institut national de santé publique (INSP), en travaillant à la numérisation de la collecte, à la transmission des informations et à l’identification des acteurs et bénéficiaires concernés. L’enjeu est concret : disposer d’informations exploitables plus rapidement pour permettre aux équipes sanitaires de réagir sans dépendre exclusivement de procédures manuelles.

Des points de contrôle transformés en postes de surveillance numérique

En Ituri, l’ANICNS a notamment engagé la dématérialisation de la collecte des données dans les points de contrôle. La fiche sanitaire du voyageur a été digitalisée au moyen d’un QR Code, tandis qu’une application de pointage a été déployée pour les équipes du Programme national d’hygiène aux frontières. La logique est simple : réduire les manipulations, sécuriser les informations et faciliter leur remontée en temps réel vers les structures compétentes.


Cette infrastructure numérique ne peut toutefois fonctionner sans énergie ni connexion. C’est pourquoi l’ANICNS a installé, les 9 août 2026, des kits photovoltaïques et des routeurs aux points de contrôle de Nizi et d’Iga-Barrière. Ces équipements doivent assurer respectivement une alimentation électrique autonome et une connectivité suffisamment stable pour permettre la transmission des données collectées. À Nizi, les officiers sanitaires ont également bénéficié d’une formation à l’utilisation des dispositifs.


La même approche a été appliquée au point de contrôle de Dele, où un kit photovoltaïque a été installé le 5 août pour garantir une permanence électrique. Derrière ces équipements, le principe est celui d’une chaîne de surveillance qui ne doit pas être interrompue par une coupure de courant ou une absence de réseau. Dans une épidémie où la rapidité de remontée d’une alerte peut influencer la vitesse d’intervention, cette continuité technique constitue un élément de la riposte.

À Bunia, le numérique descend au plus près des équipes

À Bunia, l’ANICNS a déployé, le 6 août 2026, un site mobile de la Carte nationale d’assurance maladie (CNAM) au Centre de traitement Ebola. Le dispositif permet l’enrôlement biométrique au plus près des personnes concernées et apporte une réponse pratique à la mobilité des équipes engagées dans la riposte. Il s’inscrit dans le dispositif plus large de Couverture santé universelle que l’Agence contribue à mettre en œuvre.
L’intervention de l’ANICNS ne se limite donc pas à installer des applications ou à connecter des ordinateurs. Elle touche à plusieurs maillons du dispositif sanitaire : identification biométrique, données de santé, surveillance aux frontières, connectivité, énergie, outils de signalement et accès aux services numériques. Cette structure sanitaire est d’ailleurs perçue comme un acteur de la gouvernance numérique de la Couverture santé universelle et de la sécurisation des données sanitaires.


À Kisangani, dans la province de la Tshopo, cette logique a également été visible lors des visites effectuées par le directeur général de l’ANICNS au port de l’ONATRA, à l’aéroport de Bangoka et à l’Hôpital général de référence de Makiso. Les vérifications ont porté notamment sur la digitalisation des points d’entrée et de sortie, le déploiement d’outils comme l’Identifiant national de santé et le QRHF, ainsi que sur l’identification biométrique et la délivrance de la CNAM aux prestataires engagés dans la riposte.

Jean-Thierry Kalombo : le DG au contact des réalités du terrain

La présence du directeur général Jean-Thierry Kalombo sur ces différents sites donne une dimension opérationnelle à l’engagement de l’Agence. Ses descentes ne se résument pas à une représentation institutionnelle : elles permettent de vérifier l’état des dispositifs, d’identifier les contraintes techniques et de suivre leur déploiement dans des zones où l’électricité, la connectivité et l’accès aux infrastructures peuvent conditionner l’efficacité des outils numériques.


Cette implication s’inscrit dans le mandat plus large confié à l’ANICNS. Créée comme service public du ministère de la Santé en 2018, l’Agence a été transformée en établissement public en 2022 avec des missions élargies autour de la gouvernance digitale de la Couverture santé universelle, de l’informatique de santé et de l’ingénierie clinique. Elle exerce aujourd’hui ses activités sur l’ensemble du territoire national.
Dans la riposte contre Ebola, cette mission prend une valeur particulière. Une donnée collectée tardivement, un point de contrôle sans connexion ou un dispositif numérique privé d’électricité peuvent ralentir la circulation de l’information. À l’inverse, une infrastructure fonctionnelle permet de faire remonter plus vite une alerte, d’identifier les personnes concernées et de donner aux équipes de riposte une meilleure visibilité sur la situation. Le numérique devient ainsi un maillon de la surveillance épidémiologique, sans se substituer au travail médical, communautaire et épidémiologique.

L’ANICNS, un maillon technique dans l’architecture sanitaire nationale

Le rôle de l’ANICNS doit être compris dans cette complémentarité. Le ministère de la Santé définit et conduit la politique sanitaire ; l’INSP et le Centre d’opérations d’urgence de santé publique jouent des fonctions majeures dans la surveillance et la coordination de la réponse ; les partenaires techniques et financiers apportent leurs expertises et leurs ressources. L’ANICNS intervient, pour sa part, sur l’infrastructure numérique et technologique qui permet de soutenir certaines de ces opérations. La riposte est donc collective, et l’efficacité du numérique dépend de son intégration aux autres composantes.


Pour le citoyen, les outils mis à disposition ont aussi une dimension directement pratique. Le numéro gratuit 151 permet d’obtenir des informations sanitaires et, selon les dispositifs de signalement communiqués dans le cadre de la riposte, le code *151# permet de transmettre une alerte. La fiche sanitaire digitalisée et l’application Santé RDC complètent cet écosystème numérique. Ces outils ne remplacent évidemment pas une consultation médicale ni les mécanismes officiels de prise en charge ; ils facilitent surtout l’accès à l’information et la circulation des alertes.

Ce que le citoyen doit comprendre:

Ebola ne se combat pas uniquement dans les centres de traitement. La surveillance commence aussi aux frontières, dans les ports, les aéroports, les points de contrôle et dans la qualité des informations qui remontent du terrain. En installant des solutions numériques, des routeurs et des sources autonomes d’énergie, l’ANICNS cherche à réduire les angles morts de cette surveillance. Dans une épidémie qui s’étend géographiquement, la vitesse de l’information devient une composante concrète de la protection collective.

Implications:

Pour la RDC, la portée de cette intervention dépasse la seule urgence Ebola. Les infrastructures mises en place aujourd’hui peuvent contribuer à construire un système de santé davantage interconnecté, capable de mieux identifier les usagers, sécuriser les données et rapprocher les services numériques des populations. Mais leur efficacité dépendra de trois conditions : la maintenance des équipements, la continuité de la connectivité et de l’électricité, ainsi que la formation permanente des agents. L’ANICNS apporte l’outil technologique ; la réussite de la riposte repose sur la capacité de l’ensemble du système sanitaire à faire de cet outil une information utile, rapide et effectivement transformée en action.

Avec la Gazette du Congo

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