Le faible écho du sit-in organisé le 12 juin 2026 devant le Palais du Peuple a relancé un débat de fond sur l’état réel de l’opposition congolaise. Alors que plusieurs figures politiques avaient appelé à la mobilisation contre un supposé projet de révision constitutionnelle et la loi sur l’organisation du référendum, la participation est restée limitée.
Pour le député national Olivier Katuala Kasanda, ce constat révèle une réalité plus profonde : une rupture durable entre l’opposition et une large partie de la population.
Dans un entretien accordé au Journal le Potentiel, l’élu de Lukunga estime que l’échec relatif de cette mobilisation ne peut être expliqué uniquement par les circonstances du moment. Selon lui, il s’agit de la conséquence d’un long processus de perte de crédibilité accumulé au fil des décennies par plusieurs acteurs politiques se réclamant de l’opposition.
Pour Olivier Katuala, l’histoire politique récente de la RDC a laissé des traces profondes dans la mémoire collective. Sous le régime de Mobutu comme durant les années Kabila, de nombreux citoyens ont participé à des mouvements de contestation parfois au prix de lourds sacrifices.
Pourtant, rappelle-t-il, plusieurs leaders ayant mobilisé les populations ont fini par rejoindre les institutions ou les systèmes qu’ils dénonçaient auparavant.
Cette succession de rapprochements politiques après des périodes de confrontation aurait progressivement alimenté une méfiance populaire. Aujourd’hui, soutient le député, une partie importante de la jeunesse ne croit plus aux appels à la mobilisation lorsqu’elle estime que les objectifs poursuivis manquent de cohérence ou de constance.
L’élu considère également que l’opposition souffre d’un déficit de propositions concrètes. Selon lui, les critiques adressées au pouvoir sont nombreuses, mais elles ne s’accompagnent pas toujours d’alternatives clairement formulées sur les grandes questions nationales.
Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, économiques et sociaux, cette absence de vision structurée affaiblirait davantage sa capacité de mobilisation.
Olivier Katuala insiste particulièrement sur la question de la souveraineté nationale. Il estime que les ambiguïtés affichées par certains responsables politiques face à l’agression rwandaise dans l’Est du pays ont contribué à détériorer leur image auprès de l’opinion publique.
Pour une population confrontée aux conséquences directes de l’insécurité, la défense de l’intégrité territoriale demeure un critère majeur d’évaluation des acteurs politiques.
Cette situation aurait favorisé l’émergence d’une opposition fragmentée, composée de plusieurs courants incapables de parler d’une seule voix. Pour le député, les divisions internes, combinées à l’érosion de la confiance populaire, expliquent en grande partie les difficultés rencontrées lors des récentes tentatives de mobilisation.
Face à ce constat, Olivier Katuala plaide pour l’émergence d’une nouvelle génération politique. Il imagine une opposition davantage connectée aux réalités de la jeunesse, structurée autour d’idées, de compétences et de solutions concrètes plutôt qu’autour des seules contestations du pouvoir en place.
Selon lui, cette reconstruction passe notamment par un investissement accru dans les universités, les espaces de réflexion, les initiatives numériques et la valorisation des compétences de la diaspora congolaise. L’objectif serait de transformer l’opposition en force de proposition capable de répondre aux préoccupations quotidiennes des citoyens.
Le député estime que les priorités d’une opposition moderne devraient être clairement identifiées : lutte contre la corruption, réduction de l’impunité, amélioration de l’éducation, renforcement du système de santé, développement économique inclusif et résolution durable de la crise sécuritaire dans l’Est du pays. À ses yeux, la crédibilité politique se construit désormais sur la capacité à proposer des réponses concrètes à ces défis.
Dans le même temps, Olivier Katuala considère que la majorité présidentielle ne doit pas ignorer ses propres fragilités. S’il salue plusieurs réalisations attribuées au président Félix Tshisekedi, notamment sur les plans diplomatique, sécuritaire et infrastructurel, il estime que l’Union sacrée de la Nation est confrontée à des tensions internes qui nécessitent des réponses rapides.
Le parlementaire évoque notamment les frustrations liées à la répartition des responsabilités au sein de la coalition. Il estime que le poids électoral des différentes composantes devrait être davantage pris en compte dans les nominations.
Il dénonce également les difficultés rencontrées par de nombreux jeunes élus qui peinent encore à accéder à des postes de responsabilité malgré les attentes de renouvellement exprimées lors des élections.
Sur la question de la gouvernance, Olivier Katuala défend une plus grande valorisation des élus dans l’exercice des fonctions gouvernementales. Selon lui, la légitimité issue du suffrage universel constitue un facteur important de responsabilité publique. Un élu reste soumis au jugement des électeurs, ce qui renforce, à ses yeux, l’exigence de résultats et de reddition des comptes.
Pour éviter que les tensions internes ne fragilisent davantage la majorité, le député recommande l’adoption de règles transparentes de répartition des responsabilités, l’intégration accrue des jeunes parlementaires dans les instances de décision, l’organisation d’un congrès de refondation de l’Union sacrée et une meilleure communication autour des actions gouvernementales. Son message est clair : l’avenir politique de la RDC dépend autant de la capacité de l’opposition à se réinventer que de celle de la majorité à se réformer.
La Rédaction
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