À Kinshasa, ce 12 Août 2026, le directeur national-chef de service de la DINACOPE, Vital Lumbala Kadiata, a livré un message sans détour : l’assainissement du fichier de paie, la digitalisation du contrôle des effectifs et la lutte contre les recrutements fictifs doivent désormais constituer le socle d’une gestion plus rigoureuse des enseignants. Face aux professionnels des médias, il a également défendu les réformes déjà engagées, dont la régularisation de milliers d’enseignants et la réorientation de ressources vers les bénéficiaires réellement éligibles.
Un salaire « sacré » et une réforme devenue nécessaire
Le ton était donné dès les premières minutes du point de presse. Pour Vital Lumbala Kadiata, le principe ne souffre d’aucune ambiguïté : « Le salaire de l’enseignant est sacré » et doit être versé à temps, sans retenue injustifiée. Cette position prend un relief particulier dans un secteur où les dysfonctionnements du fichier de paie, les retards et les situations administratives irrégulières ont longtemps nourri le sentiment d’injustice parmi les professionnels de l’éducation.
Le directeur national-chef de service de la DINACOPE est revenu sur la réforme de la prime de gratuité, dont le mécanisme de paiement a été profondément revu. Accordée au dernier trimestre de 2021 dans le cadre de la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement primaire dans les écoles publiques, cette prime était initialement intégrée aux frais de fonctionnement des établissements et retirée par le gestionnaire de l’école avant d’être distribuée manuellement aux enseignants. Un circuit que la DINACOPE considère aujourd’hui comme trop exposé aux erreurs, aux manipulations et aux mauvaises pratiques.
La décision prise a donc consisté à sortir cette prime de ce circuit indirect et manuel pour la faire migrer vers la rémunération directe de l’enseignant. Une réforme qui vise autant à sécuriser le paiement qu’à réduire les intermédiaires et à rapprocher la dépense publique de son véritable bénéficiaire. Au fil du temps, le montant de la prime a été revalorisé, alors même que le nombre de bénéficiaires augmentait sans progression proportionnelle de l’enveloppe qui lui était consacrée.
24 296 situations régularisées : les chiffres d’une opération d’assainissement
Les premiers résultats présentés par Vital Lumbala donnent une mesure concrète de l’opération. 23 675 enseignants du primaire, jusque-là sous-payés, ont été régularisés et bénéficient désormais du montant intégral au titre de la prime de gratuité. À ce groupe s’ajoutent 621 enseignants qui ne bénéficiaient pas encore de cette prime, mais dont la situation a également été régularisée.
Au total, 24 296 enseignants ont ainsi vu leur situation régularisée au titre de la prime de gratuité. Pour la DINACOPE, le chiffre traduit la volonté de remettre de l’ordre dans un dispositif qui doit d’abord servir l’enseignant. La démarche intervient dans un contexte où la question de la rémunération demeure l’un des sujets les plus sensibles du système éducatif congolais.
L’autre élément marquant réside dans la méthode revendiquée. Vital Lumbala assure que cette opération n’a pas nécessité une enveloppe budgétaire supplémentaire sollicitée auprès du Trésor public. Les équipes ont plutôt travaillé sur les ressources déjà disponibles, en renforçant le contrôle du fichier de paie, en recherchant les doublons, en identifiant les situations irrégulières et en vérifiant les incohérences. Une logique d’assainissement qui entend faire de la rigueur administrative un levier d’efficacité budgétaire.
Vital Lumbala : « Assainir le fichier, c’est aussi protéger l’enseignant »
Vital Lumbala Kadiata place désormais l’assainissement du fichier de paie au rang des priorités. Son raisonnement est simple : l’État ne peut être appelé à mobiliser davantage de ressources pour les enseignants que si, en parallèle, les mécanismes de gestion garantissent que chaque franc destiné à l’enseignant parvient effectivement à celui qui y a droit. La lutte contre les recrutements fictifs et les irrégularités devient, dans cette perspective, non seulement une exigence de bonne gouvernance, mais aussi une mesure de protection des enseignants régulièrement en fonction.
La migration de la prime de gratuité vers la rémunération directe, la régularisation de 24 296 enseignants et l’identification des anomalies dans le fichier constituent des avancées qui donnent une traduction concrète au discours sur l’assainissement. La DINACOPE présente ainsi une série de mesures déjà exécutées comme le point de départ d’une transformation plus profonde de la gestion des effectifs et de la paie.
L’opération aurait, selon les données communiquées lors du point de presse, permis de dégager plus de 471 millions de francs congolais d’économies grâce à un premier travail d’assainissement. Là encore, le message de la DINACOPE est clair : mieux gérer les ressources existantes peut produire des marges financières sans nécessairement réclamer immédiatement de nouvelles dotations. Pour Vital Lumbala, cette approche relève d’une gestion responsable de la ressource publique.
De la paperasse à la donnée : la DINACOPE mise sur le numérique

Mais l’assainissement ne saurait s’arrêter à une opération ponctuelle sur les fichiers. La deuxième grande orientation défendue par Vital Lumbala est la digitalisation du contrôle physique et de la gestion des effectifs. Il estime que la gestion des enseignants ne peut plus dépendre exclusivement de procédures manuelles, vulnérables aux erreurs, aux retards et aux manipulations. La modernisation doit désormais passer par des outils numériques capables de rendre les données plus fiables, actualisées et traçables.
Dans cette nouvelle architecture, l’intelligence artificielle est appelée à jouer un rôle dans le contrôle et l’exploitation des données. L’objectif affiché n’est pas de remplacer l’administration, mais de lui fournir des instruments plus performants pour savoir qui est effectivement présent, qui est absent et quelle est la situation réelle de chaque agent. À terme, une telle transformation pourrait renforcer la capacité de l’administration à détecter rapidement les anomalies et à orienter les ressources vers les enseignants effectivement en service.
Cette mutation technologique devra toutefois s’accompagner d’un renforcement des moyens techniques et logistiques de la DINACOPE. La digitalisation ne peut être efficace que si les infrastructures, les équipements, les compétences humaines et les mécanismes de mise à jour des données suivent. Le chantier est donc aussi organisationnel : il s’agit de bâtir un système de contrôle durable, capable de produire une information fiable et exploitable dans la prise de décision publique.
NU, NP et conditions de travail : les prochains fronts
Plusieurs défis restent néanmoins ouverts. La DINACOPE devra notamment poursuivre la prise en charge effective des enseignants nouvelles unités (NU) ainsi que la régularisation de la situation administrative et salariale des enseignants non payés (NP). À cela s’ajoute la nécessité de continuer à améliorer les conditions socioprofessionnelles des enseignants et de renforcer les capacités techniques et logistiques de l’administration chargée du contrôle des effectifs.
En définitive, le message porté par Vital Lumbala Kadiata à Kinshasa dessine une ligne directrice : assainir pour économiser, contrôler pour protéger et digitaliser pour mieux gouverner. Les régularisations déjà opérées, les économies dégagées et la réforme du mécanisme de paiement de la prime de gratuité montrent que des changements sont en cours.
Reste désormais à transformer ces premiers résultats en système durable, capable de garantir à chaque enseignant régulièrement en fonction une rémunération juste, transparente et sécurisée, tout en restaurant la confiance dans la gestion publique du personnel éducatif. C’est à cette condition que l’effort d’assainissement de la DINACOPE pourra pleinement s’inscrire dans la volonté affichée d’améliorer durablement le système éducatif congolais.
La Rédaction
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