Par Pascal MULAND
Tribune
Il est des paroles dont la portée excède de loin leur simple énoncé. Il en est, plus rares mais infiniment plus dangereuses, qui s’érigent en offenses à l’esprit même de la République. En affirmant, sur les ondes de Top Congo FM, qu’« il est interdit aux journalistes, aux médias de diffuser, de commenter ou de donner la parole aux responsables du PPRD. Les propos et activités de Joseph Kabila sont également interdits », Monsieur Christian Bosembe, président en exercice du CSAC, a non seulement outrepassé ses attributions, mais a, de manière ostensible, foulé aux pieds les fondements de notre pacte démocratique.
Un tel décret, prononcé dans l’aisance d’un studio mais chargé de gravité institutionnelle, procède moins d’un élan de régulation que d’un geste de proscription. Car interdire la parole à une composante de la vie politique nationale, fût-elle controversée, revient à s’arroger un pouvoir de tri entre les citoyens, une faculté d’effacement mémoriel qui ne saurait appartenir à aucune institution républicaine — et surtout pas à un organe d’appui à la démocratie.
Le CSAC, de gardien du pluralisme à censeur d’opinion ?
La mission du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication est claire, définie par les textes fondateurs et sanctuarisée par l’éthique républicaine : garantir l’équilibre, le pluralisme et la liberté dans l’espace médiatique. Or voilà que son président, emporté par un zèle inapproprié, se mue en gardien de l’orthodoxie politique, en arbitre autoproclamé des voix légitimes et des voix à faire taire.
Il est des lignes que nul ne saurait franchir sans altérer l’édifice fragile de nos institutions. Celle que vient de transgresser Monsieur Bosembe en est une.
Nul ne saurait effacer l’histoire
Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), que l’on soutienne ou que l’on conteste ses orientations, est une entité légalement constituée. Joseph Kabila, quoi qu’on pense de son héritage, a occupé la magistrature suprême pendant près de deux décennies. L’un et l’autre sont des fragments incontestables de l’histoire politique de notre Nation.
Dès lors, prétendre les réduire au silence médiatique équivaut à un acte de révisionnisme politique. C’est substituer à la mémoire commune un effacement sélectif. C’est vouloir faire taire ce que l’Histoire a déjà inscrit au registre du réel.
Le silence imposé : prémices de la dérive
« Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes », écrivait Heinrich Heine. De même, là où l’on interdit la parole, on prépare les régimes où toute pensée divergente devient un délit. Ce n’est pas une hyperbole, c’est un avertissement.
Car aujourd’hui, c’est le PPRD qu’on proscrit. Mais demain ? Demain, qui ? À qui le tour de se voir muselé, exclu, effacé ?
Ce que Monsieur Bosembe semble oublier, c’est que le droit à l’expression, même dissonante, est le socle même de la légitimité démocratique. Le nier, c’est miner la République dans ce qu’elle a de plus noble : sa capacité à contenir l’altérité sans sombrer dans l’uniformité autoritaire.
Appel à la rectitude
Nous appelons, avec gravité, Monsieur Christian Bosembe à revenir à la raison républicaine. Le CSAC n’est pas un instrument au service de la censure, mais un rempart contre les tentations absolutistes. Le peuple congolais n’a pas versé tant de larmes pour qu’une poignée de responsables, grisés par le pouvoir, décrète qui mérite d’être entendu et qui doit être relégué à l’ombre.
Il est encore temps de se reprendre. Mais le temps presse.
Car, dans une République, la parole n’appartient ni aux puissants du jour, ni aux censeurs en costume d’arbitres. Elle appartient au peuple. Et le peuple, tôt ou tard, finit toujours par se faire entendre.
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