Pourquoi les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) n’ont-elles pas réussi à stopper l’avancée de l’AFC/M23 jusqu’à la prise de Goma, en janvier 2025 ? Horațiu Potra, ancien responsable des mercenaires roumains recrutés par les autorités congolaises pour appuyer l’armée, avance plusieurs explications. Dans un entretien accordé à Radio Ngoma ya Amani (RNA News), publié le 16 octobre 2026, il affirme que la chute de la capitale provinciale du Nord-Kivu était inévitable, même en présence de ses hommes.
« Avec ou sans nous, elle serait tombée de toute façon », déclare-t-il.
Parmi les facteurs évoqués, Horațiu Potra pointe les conditions de vie et de travail des militaires congolais déployés au front. Selon lui, certains soldats étaient mal payés, parfois privés de nourriture et maintenus pendant plusieurs mois dans leurs positions sans relève. Il affirme également que des militaires en venaient à vendre une partie de leur équipement pour subvenir à leurs besoins quotidiens. Face à cette situation, il dit avoir proposé aux responsables militaires d’augmenter les soldes et d’organiser des rotations plus régulières des troupes.
La question des rémunérations soulève également des interrogations sur les moyens consacrés aux forces nationales et aux contractuels étrangers. Une enquête publiée en 2025 par The Guardian, Public Record et Le Soir indiquait que certains mercenaires roumains percevaient entre 5 000 et 6 000 dollars par mois, contre environ 100 dollars pour les soldats congolais. Horațiu Potra rejette toutefois la responsabilité de la défaite sur son contingent et estime que la chute de Goma ne pouvait être évitée par la seule présence de ses hommes.
Cependant, les difficultés rencontrées par les FARDC ne sauraient, à elles seules, expliquer la perte de la ville. Les rapports des experts des Nations unies font état du retrait de plusieurs unités des FARDC et des combattants Wazalendo dans les jours ayant précédé la prise de Goma. L’offensive de l’AFC/M23, menée avec l’appui des forces rwandaises, a également pesé dans l’effondrement des positions congolaises.
Concernant le départ de ses hommes, Horațiu Potra nie tout accord avec l’AFC/M23. Selon les rapports des experts de l’ONU, 291 membres de la société Congo Protection ont trouvé refuge dans les installations de la MONUSCO avant d’être transférés en Roumanie via Kigali. L’ancien responsable évoque également l’utilisation de drones, d’armes guidées et d’équipements de brouillage électronique par l’armée rwandaise aux côtés des rebelles, des moyens qui, selon son témoignage, auraient compliqué la riposte des forces congolaises.
Au-delà de ces explications, une question demeure : pourquoi les autorités congolaises ont-elles engagé des sommes importantes pour recruter des contractuels roumains sans parvenir à empêcher la chute de Goma ? Cette expérience soulève aussi des interrogations sur les résultats obtenus, la préparation des troupes, la qualité du commandement et les conditions de vie des militaires congolais déployés au front.
Le témoignage d’Horațiu Potra ne permet pas, à lui seul, d’établir toutes les causes de la défaite. Ses déclarations doivent être confrontées aux rapports indépendants, notamment ceux des Nations unies, d’autant qu’il défend le bilan de ses hommes. La chute de Goma met ainsi en lumière les défis auxquels les FARDC restent confrontées en matière de logistique, de rémunération, de coordination et de préparation opérationnelle.
Jean Ngaviro
Netic News

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