Le 15 septembre 2026, Kinshasa aura les yeux tournés vers le Palais du Peuple. La rentrée parlementaire doit coïncider avec une manifestation annoncée par la Coalition Article 64 (C64), hostile au projet de changement constitutionnel.
Dans ce face-à-face annoncé, le député national Olivier Kasanda Katuala, élu de la Lukunga et cadre du PEP-AAAP, livre à La Gazette du Congo une lecture sans détour : le Parlement doit tenir sa session conformément au calendrier institutionnel et le périmètre du Palais du Peuple doit être protégé.
La controverse est née d’une proposition d’Augustin Kabuya. Le député national et président intérimaire de l’UDPS a demandé que la cérémonie solennelle d’ouverture, prévue le 15 septembre, soit exceptionnellement organisée à partir de 18 heures.
Il invoque notamment le risque de tensions avec les manifestants de la C64 et les perturbations que leur mobilisation pourrait provoquer autour du siège du Parlement.
Cette proposition a suscité une réaction d’André Mbata Mangu, qui s’est opposé à l’idée d’une rentrée parlementaire décalée en soirée.
Le désaccord a rapidement dépassé la question de l’horaire. Il touche désormais à la manière dont la majorité doit répondre à une mobilisation de l’opposition sans donner le sentiment que la rue fixe le rythme des institutions.
Interrogé par La Gazette du Congo sur cette divergence, Olivier Katuala estime que l’alerte de Kabuya reposait sur un risque concret. La C64 prévoit de faire converger sa mobilisation vers le Palais du Peuple.
Le député considère donc légitimes les préoccupations liées à la circulation, à la sécurité des élus et des invités ainsi qu’au caractère solennel de la cérémonie.
Mais Katuala rejoint sur le fond la position défendue par Mbata : la rentrée parlementaire ne devrait pas être réorganisée en fonction d’une manifestation politique.
Selon lui, la réponse doit être institutionnelle : maintenir la cérémonie conformément au calendrier et prendre les dispositions nécessaires pour sécuriser le Palais du Peuple. À ses yeux, le problème n’est pas l’existence de sensibilités différentes au sein de la majorité, mais leur exposition publique au moment où la rentrée parlementaire concentre déjà de fortes tensions politiques.
Le 12 juin 2026, une mobilisation de l’opposition autour du Palais du Peuple avait nécessité un important dispositif sécuritaire. Les autorités urbaines avaient refusé la tenue du sit-in devant le Parlement et proposé le terrain Assosa, à Kasa-Vubu, comme site alternatif. Des heurts avaient néanmoins été rapportés autour du périmètre du Palais du Peuple.
La C64 entend précisément remettre cette question au centre du débat le 15 septembre.
La coalition, qui regroupe plusieurs forces de l’opposition, conteste le projet de changement de la Constitution et s’oppose notamment à toute démarche susceptible, selon elle, d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel. Elle a annoncé une mobilisation dont plusieurs points de rassemblement à Kinshasa doivent converger vers le Palais du Peuple.
Sur le droit de manifester, Katuala défend une position ferme.
Pour lui, la liberté de manifestation est garantie, mais elle doit s’exercer dans le respect des règles applicables et sans empêcher le fonctionnement des institutions. Il estime qu’une mobilisation ne peut avoir pour conséquence d’encercler le Parlement ou d’empêcher les élus, les agents et les invités d’accéder à leur lieu de travail.
Sur le dialogue national, le député refuse également de présenter l’Assemblée nationale comme une structure concurrente.
Dans son entretien avec La Gazette du Congo, il soutient que le dialogue doit produire des conclusions susceptibles d’être traduites en textes, résolutions ou actes de contrôle parlementaire. Pour lui, le Parlement reste le lieu où la représentation nationale transforme les orientations politiques en décisions soumises au droit.
La même logique vaut, selon Katuala, pour l’opposition. Il rappelle que celle-ci dispose de moyens constitutionnels pour contester l’action du pouvoir : débat parlementaire, contrôle de l’exécutif, commissions d’enquête et recours devant les juridictions compétentes. Son argument est simple : la contestation politique doit pouvoir s’exprimer, mais elle ne doit pas se substituer aux procédures institutionnelles.
Le débat constitutionnel demeure cependant le point le plus sensible.
Olivier Katuala soutient que la session parlementaire de septembre doit d’abord être consacrée aux questions budgétaires et législatives. Il distingue la loi portant organisation du référendum d’une éventuelle modification de la Constitution, en rappelant que les procédures de révision constitutionnelle sont elles-mêmes prévues par la Loi fondamentale.
Pour la session de septembre à décembre, l’élu de la Lukunga place donc le budget au premier rang. Il cite la sécurité, le soutien aux FARDC, la santé, l’éducation, les transports et la lutte contre la vie chère parmi les secteurs devant retenir l’attention des députés. Il insiste également sur la nécessité de traiter les textes législatifs en attente, notamment ceux liés à l’investissement et à la mobilisation des recettes publiques.
Le message politique d’Olivier Katuala est ainsi plus large que le seul duel Kabuya-Mbata. Il appelle la majorité à éviter les divisions publiques et à laisser les institutions fonctionner selon leurs règles. Il considère que le débat sur la Constitution peut se poursuivre, mais qu’il doit rester encadré par les procédures prévues par la Constitution et non déterminé par la pression d’une mobilisation de rue.
La date du 15 septembre concentre donc trois enjeux distincts : la rentrée parlementaire, le droit de manifester et la bataille politique autour de l’avenir constitutionnel du pays. C’est précisément leur superposition qui rend la journée sensible à Kinshasa. Katuala, dans son entretien exclusif accordé à La Gazette du Congo, défend une ligne nette : protéger le droit de manifester, protéger le fonctionnement du Parlement et maintenir le débat constitutionnel dans le cadre légal.
Ce que le citoyen doit comprendre:
Le 15 septembre ne sera pas une simple cérémonie parlementaire. La rentrée intervient au même moment qu’une mobilisation de la C64 autour du Palais du Peuple. Pour Olivier Katuala, ni la manifestation ne doit empêcher le Parlement de travailler, ni la sécurité ne doit servir de prétexte à effacer le droit de manifester. La réponse attendue repose sur le respect simultané des libertés publiques et des institutions.
Implications:
Pour Kinshasa, le premier enjeu est concret : circulation, accès au Palais du Peuple et sécurité autour des axes concernés. Pour les institutions, le risque est celui d’une confrontation politique transformée en confrontation physique. Pour la population, l’enjeu dépasse le 15 septembre : il concerne la capacité de la RDC à gérer un désaccord constitutionnel majeur sans paralyser ses institutions ni restreindre arbitrairement l’expression politique.
Avec la Gazette du Congo
Leave a comment