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Kolwezi : les supermarchés laissent leurs clients se faire racketter à la sortie

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À Kolwezi, les agents de sécurité de certains supermarchés ont fait de la sortie des clients un véritable guet-apens : au lieu de veiller, ils réclament des pourboires sous couvert d’un contrôle, transformant leur fonction en racket déguisé.

Ils portent l’uniforme de la vigilance, mais certains ont troqué leur mission contre une mendicité honteuse. Dans plusieurs supermarchés de Kolwezi, ce qui devait être une présence rassurante s’est transformé en un guet-apens déguisé en contrôle de routine. Le gardien des lieux devient prédateur discret, chasseur d’un butin déguisé en “eau“.

À peine les courses terminées, le client approche la sortie, facture en main, croyant en avoir fini avec la caisse. Mais non. Un autre péage l’attend, invisible, humiliant, et parfaitement toléré : celui de la corruption au détail. L’agent, regard glissant, prend la facture comme un passeport vers sa rétribution. Et d’une voix doucereuse mais pénétrante, il souffle : « Donnez-moi l’eau. » Une expression devenue le mot de passe de la mendicité institutionnalisée.

Et gare à celui qui refuse l’aumône ! La réaction est brutale, parfois théâtrale. La facture est jetée comme un projectile de mépris, la dignité du client piétinée dans un silence complice. L’humiliation devient spectacle, offert aux autres clients comme un avertissement non écrit.

Mais l’absurde ne s’arrête pas là. Pour ceux qui roulent en voiture, l’extorsion s’offre un second acte. Tandis que l’agent vous aide à manœuvrer, un sourire forcé et un sifflé aux lèvres, sa main revient, telle une pieuvre insatiable. Un geste mécanique, appris, répété, presque sacré : celui de la seconde dîme du silence.

Ce glissement de rôle n’est plus une exception ; c’est une dérive normalisée, une érosion lente mais dangereuse du sens du devoir. En l’absence de contrôles ou de salaires décents, certains agents ont troqué l’éthique pour la facilité, l’honneur pour la petite monnaie, et la fonction pour le racket du quotidien.

Cette pratique n’est pas seulement un affront au client ; c’est une gifle à la face des valeurs professionnelles, une tache sur l’image des établissements qui la tolèrent, et un cancer qui ronge la confiance entre consommateurs et institutions commerciales.

À Kolwezi, dans ces temples de la consommation, la sécurité ne veille plus : elle quémande, exige, humilie. Le problème dépasse l’agent en poste. Il parle d’un système, d’une société où même ceux censés faire respecter l’ordre finissent par s’y soustraire, pour un billet froissé, une “eau” qui salit plus qu’elle ne désaltère.

Pascal MULAND

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