Dans la province du Lualaba, le site minier de Kisanfu Mining, KIMIN SAS, est aujourd’hui au centre de graves accusations. Des travailleurs ayant accepté de témoigner sous anonymat strict, par crainte de représailles, dénoncent à la fois des violations répétées du droit du travail congolais et une stratégie systématique d’intimidation visant à réduire toute contestation au silence.
Selon les informations recueillies par Aigleinfos, la majorité des agents opérant sur le site ne disposent pas de contrat direct avec KIMIN. Le recours massif aux sociétés de sous-traitance apparaît, aux yeux des travailleurs interrogés, comme un mécanisme destiné à contourner les obligations sociales et à faciliter les licenciements arbitraires.
Plusieurs travailleurs affirment être contraints de signer des contrats de deux ans, renouvelables une seule fois. Pendant toute cette période, soit jusqu’à quatre années de service, aucun congé annuel ne leur serait accordé.
Selon les témoignages, il faudrait attendre la cinquième année de travail pour espérer accéder à un contrat jugé plus stable. Une pratique que les agents estiment illégale et contraire au Code du travail congolais.
Les agents disent travailler douze heures par jour, de 7h30 à 19h30, sans rémunération des heures supplémentaires. Les fonctions de superviseurs, incharges et managers seraient, selon les travailleurs interrogés, exclusivement confiées à des expatriés indiens.
Aucun mécanisme de promotion n’existerait pour les agents congolais, indépendamment de leur ancienneté ou de leurs compétences.
Le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG), récemment promulgué par les autorités congolaises, ne serait pas appliqué sur le site. Les travailleurs affirment percevoir des salaires inférieurs aux seuils légaux.
Dans l’usine de production de l’acide sulfurique, l’enquête fait état de conditions particulièrement préoccupantes :
agents sans contrat formel, sans couverture médicale suffisante et sans équipements de protection adaptés, malgré l’exposition quotidienne à des produits chimiques dangereux.
Les travailleurs indiquent être logés dans une zone isolée, assimilée à la brousse, sans prime de brousse ni prime de risque, alors même que le site présente des contraintes importantes.
La qualité des repas fournis est également critiquée. Les travailleurs parlent de repas insuffisants et non conformes aux normes nutritionnelles.
Au-delà des conditions de travail, les témoignages recueillis révèlent une pratique particulièrement grave :
en cas de visite d’une autorité administrative, politique ou syndicale, les agents conviés pour expliquer la réalité du site seraient immédiatement licenciés après le départ de la délégation.
Cette méthode, selon les travailleurs, viserait à faire disparaître toute voix critique, à décourager les témoignages et à maintenir une façade de conformité lors des contrôles officiels.
Dernier fait marquant : plus de 70 agents employés par des sociétés de sous-traitance auraient été licenciés à la suite d’un mouvement de protestation. Les travailleurs dénoncent des licenciements de représailles, destinés à instaurer un climat de peur durable.
Une délégation du gouvernement provincial s’était rendue sur le site il y a quelque temps. D’après les témoignages, aucune amélioration concrète n’a été constatée après cette visite.
Contactée par la rédaction d’Aigleinfos, Kisanfu Mining n’avait pas encore réagi au moment de la publication.
Pascal Muland
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