Une affaire aux contours troublants secoue la ville de Kolwezi. Ce qui débute comme un simple vol interne de minerais s’est transformé en un drame humain, doublé aujourd’hui d’un risque sanitaire majeur, après la découverte du corps de l’agent Mukangwa Kisenge François de l’entreprise COMMUS et la conservation prolongée de sa dépouille dans des conditions jugées préoccupantes.
Une opération nocturne filmée par les caméras
Tout commence dans la nuit du 26 au 27 décembre 2025, aux environs d’une heure du matin. Deux agents affectés au traitement, Mujinga Mwanza Joël et Mukangwa Kisenge François, abandonnent leurs postes pour voler des minerais se trouvant sur la bande transporteuse de l’entreprise.
Les produits sont transportés à l’aide d’une brouette de service vers l’extérieur de la concession, où, selon les images de vidéosurveillance, des creuseurs artisanaux illégaux les attendaient probablement.
Pour réussir leur manœuvre, les deux agents auraient bénéficié de la complicité de deux agents de sécurité : l’un affecté au Control Room et l’autre à la barrière Charlie One de Musonoie, en équipe avec trois agents de la société de sécurité ainsi qu’un élément de la Police militaire.
Témoignages accablants
L’agent de sécurité affecté au Control Room a reconnu les faits devant le parquet. Il a déclaré avoir été sollicité par Mukangwa Kisenge François et Mujinga Mwanza Joël pour faciliter le passage des minerais volés. Ses déclarations sont corroborées par les images de vidéosurveillance.
À la barrière Charlie One, Mujinga Joël est retourné avec la brouette de service, tandis que Kisenge François, resté en possession des minerais, a été autorisé à franchir la barrière avec les produits volés.
Une rencontre fatale avec une patrouille
Une fois hors de la concession, à un endroit où se trouvaient probablement des creuseurs artisanaux, François Kisenge croise une jeep de patrouille de la Garde républicaine. Les images montrent le véhicule circulant sur la chaussée Joseph Kabila avant de freiner brusquement, permettant aux militaires de descendre et de se diriger vers la barrière.
Tout porte à croire que, se sentant découvert, l’agent de COMMUS a pris la fuite, poursuivi par les éléments de la patrouille. La suite de la course-poursuite n’a toutefois pas été captée par les caméras.
Un militaire FARDC affecté à la coopérative minière Madini ya Maendeleo apparaît également sur les images et affirme avoir vu des éléments de la Garde républicaine courir derrière un agent de COMMUS cette nuit-là.
Le corps retrouvé dans un puits artisanal
Quelques jours plus tard, le corps de Mukangwa Kisenge François est retrouvé dans un quartier voisin d’exploitation artisanale, précisément dans un puits exploité par des creuseurs de la coopérative Madini ya Maendeleo. Les creuseurs qui travaillaient dans ce puits ont depuis pris la fuite.
Quant à son complice présumé, Mujinga Mwanza Joël, après avoir appris que la société disposait de preuves, il s’est présenté sur son lieu de travail le lendemain avant de s’enfuir à nouveau, constatant que les personnes impliquées étaient activement recherchées pour interrogatoire.
La famille sollicitée, la société paie
Après la récupération du corps, la famille du défunt a engagé des discussions avec la société et sollicité une assistance pour l’organisation des obsèques. Une somme globale de 6 500 dollars américains a été remise, en présence de leur conseil, Maître Antoine, afin de couvrir l’ensemble des frais funéraires.
Détournement de la dépouille et soupçons de chantage
Mais contre toute attente, la famille n’a pas procédé à l’inhumation. La dépouille, déjà en état avancé de décomposition depuis plus de trois semaines, est conservée à la morgue de l’Hôpital Mwangeji. Selon des sources proches du dossier, cette situation viserait à faire pression sur la société, notamment par des revendications allant jusqu’à l’exigence de l’achat d’une maison.
Les autorités rappellent que Mukangwa Kisenge François est décédé dans un contexte de vol de minerais, en complicité avec Mujinga Mwanza Joël et probablement avec des creuseurs artisanaux illégaux, dans le but de revendre des produits appartenant à l’entreprise.
Les deux agents de sécurité impliqués ont été mis à la disposition du Parquet près le Tribunal de Grande Instance et sont formellement inquiétés par le magistrat instructeur.
Alerte sanitaire et saisie des autorités
La conservation prolongée de la dépouille constitue désormais un grave risque sanitaire, surtout dans un contexte d’alerte provinciale liée à l’épidémie de choléra. La manipulation d’un corps en décomposition par des personnes non qualifiées expose la population à un risque élevé de contamination et de propagation de maladies graves.
Face à cette situation, les autorités judiciaires et administratives ont été saisies afin d’éviter une crise sanitaire et de rétablir l’ordre public.
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