La province du Lualaba, riche en minerais, continue de payer un lourd tribut humain. Ses creuseurs artisanaux, privés de zones d’exploitation officiellement reconnues, s’accrochent à la mine pour survivre et nourrir leurs familles.
Dans la nuit du 14 au 15 novembre, un nouveau drame a frappé la carrière Mulondo VII, au village Kawama. Des militaires chargés de sécuriser le site auraient poursuivi des creuseurs en tirant des coups de sommation. Pris de panique, plusieurs d’entre eux se sont précipités vers un canal rempli d’eau. Certains y ont trouvé la mort, mais le bilan exact demeure inconnu.
Ces dernières semaines, Mulondo VII a déjà enregistré plusieurs décès par balle, malgré les assurances du ministre provincial des Mines, qui avait promis aux artisans de travailler en paix. Sur le terrain, la situation ne cesse pourtant de se dégrader, plongeant les familles dans la peur et l’incertitude.
À 48 kilomètres de Kolwezi, Kawama vit au rythme de cette carrière où l’espoir se mêle à la détresse. À Mulondo VII, près de trente mille creuseurs s’entassent sur un site devenu leur unique horizon de survie. Une foule immense, déterminée, mais enfermée dans un système qui la dépasse totalement.
Sur place, les opérateurs chinois n’autorisent l’exploitation qu’à raison de deux jours par semaine : uniquement le samedi et le dimanche. Une restriction qui maintient des milliers de familles dans une précarité chronique. En semaine, les creuseurs restent désœuvrés, tandis que leurs besoins, eux, ne s’arrêtent jamais.
Cette règle alimente tension et frustration. Comment nourrir un foyer quand on ne peut travailler que 48 heures sur 168, dans une province pourtant regorgeant de ressources ? Comment subsister quand la terre, seule source de revenus, devient un privilège intermittent ?
À Kawama, Mulondo n’est plus qu’une carrière minière : c’est le théâtre d’une lutte acharnée pour la dignité. Une réalité brutale qui appelle des réponses urgentes face à la détresse silencieuse de milliers de creuseurs, abandonnés au bord de la richesse qu’ils extraient au péril de leur vie.
Pascal MULAND
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