L’Amnesty International et l’Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains (IBGDH) interpellent les autorités et les entreprises minières. Alors que la Capitale mondiale du cobalt, Kolwezi accueille le Forum DRC-Africa Battery Metals, les deux organisations rappellent que la transition énergétique mondiale ne peut pas se faire au prix des droits humains.
À Kolwezi, dans la province du Lualaba, cœur mondial de l’approvisionnement en cobalt et en cuivre, deux minerais essentiels à la fabrication des batteries électriques et à la mobilité verte, la réalité est plus sombre que l’image stratégique qu’elle renvoie. Expulsions forcées, pauvreté chronique, manque d’accès à l’eau potable et à l’électricité rythment le quotidien des habitants.
« Les familles subissent en toute impunité les violations graves des droits humains liées à l’exploitation minière industrielle », dénoncent Amnesty International et l’Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains (IBGDH).
Depuis plus de trois ans, ces deux organisations documentent les abus. Leur rapport intitulé « Alimenter le changement ou le statu quo ? Expulsions forcées dans les mines industrielles de cobalt et de cuivre en République démocratique du Congo » avait déjà alerté la communauté internationale. Mais peu de choses ont changé : pas de moratoire sur les expulsions forcées, pas de commission d’enquête indépendante, pas de mécanismes de recours efficaces. Les habitants continuent de perdre leurs terres, leurs maisons, et subissent en plus les impacts environnementaux liés aux dynamitages, à la pollution de l’air et à la dégradation du sol.
Le quartier Musonoie illustre cette situation dramatique. Ses habitants dénoncent la perte de terres arables, la destruction progressive de leurs habitations et une pollution de l’air aggravée par les activités minières. Un symbole de ce que vivent des milliers de familles déplacées par l’exploitation des richesses du sous-sol.
Amnesty et l’IBGDH appellent le gouvernement congolais à instaurer un moratoire sur les expulsions forcées et à mettre en place une commission d’enquête inclusive et indépendante. Elles exhortent les entreprises minières à respecter les lois congolaises et les principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits humains, en instaurant un dialogue réel avec les communautés et des mécanismes de recours. Les acheteurs internationaux de cobalt et de cuivre sont également appelés à garantir que leur chaîne d’approvisionnement respecte les droits fondamentaux.
La RDC aime se présenter comme un « pays-solution » dans la lutte contre la crise climatique, grâce à ses ressources naturelles abondantes. Mais cette ambition ne sera crédible, préviennent les deux organisations, que si elle s’accompagne d’un véritable respect des droits humains et de la justice pour les victimes de Kolwezi.
Une transition énergétique durable, affirment-elles, commence par la fin de l’impunité et la reconnaissance des souffrances des populations locales.
Pascal MULAND
Leave a comment