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Lualaba : Kolwezi, la grande salle de concert à ciel ouvert !

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À Kolwezi, quand l’électricité disparaît, la ville tout entière s’anime comme un immense théâtre en plein air. Chaque coupure de courant déclenche un concert involontaire, une cacophonie de moteurs et de fumées où les générateurs deviennent les seuls véritables musiciens.

Rideau levé. Silence. Puis soudain : brrrrrrrr… vroum-vroum-vroum !
Le spectacle commence. Chaque jour, Kolwezi s’offre un concert gratuit, sans billet, sans répétition, et sans chef d’orchestre. Le seul chef, c’est la coupure d’électricité. Dès que la lumière s’éteint, la ville tout entière se transforme en philharmonie improvisée.

Au premier rang, les hôtels entonnent leur basse profonde, régulière, comme un orgue fatigué. Dans les quartiers, les petites boutiques, boucheries, salons de coiffure,… grésillent en soprano, leurs générateurs crachant des notes fausses et une épaisse fumée noire qui pique les yeux. Plus loin, les bureaux, voire le gouvernorat, l’Assemblée provinciale et maisons isolées lancent leurs solos : moteurs haletants, toussotants, crachant des étincelles comme des trompettes cabossées.

L’air devient lourd, saturé de gasoil brûlé. La chaleur des moteurs s’ajoute à celle du jour, et la poussière du sol colle à la peau. Dans ce mélange de vibrations métalliques, d’odeurs suffocantes et de bourdonnements assourdissants, la ville entière respire au rythme des générateurs. Une véritable symphonie industrielle, où l’on danse malgré soi au tempo du diesel.

Et quand, miracle, le courant revient, c’est comme un changement brutal de décor. Les ampoules s’allument, les ventilateurs reprennent, les écrans brillent : l’orchestre s’interrompt net, laissant place à un silence irréel, presque religieux. Mais à Kolwezi, ce miracle ne dure jamais. L’ombre revient, et l’opéra recommence.

Le paradoxe est cruel : Kolwezi, capitale mondiale du cobalt, éclaire les voitures électriques de la planète, mais ses propres enfants révisent leurs leçons à la bougie. Ici, le futur roule ailleurs, pendant que le présent s’étouffe dans la fumée des moteurs.

Chaque nuit, les habitants sont les spectateurs forcés de ce spectacle absurde. Ils n’applaudissent pas, ils soupirent. Ils n’achètent pas de place, ils achètent du gasoil. Et l’orchestre continue, inlassable, assourdissant, éternel.

Kolwezi n’est pas seulement une ville minière : c’est une salle de concert à ciel ouvert, où la modernité se joue en Diesel majeur, avec pour décor la poussière, la chaleur et la fumée. Une œuvre vivante, burlesque et tragique à la fois, dont personne n’ose écrire la dernière note.

Ici, la lumière ne s’allume pas : elle s’achète au litre.

Pascal MULAND

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