Alors que l’État congolais vient de prolonger l’interdiction temporaire d’exporter le cobalt, la plateforme CASMIA-G ASBL interpelle les autorités sur l’absence de cadre réglementaire clair pour encadrer les minerais stratégiques. Elle dénonce une gouvernance floue, appelle à des mesures cohérentes et met en garde contre les risques de fraude liés aux stocks non contrôlés.
Telle une sentinelle veillant sur les richesses du sous-sol congolais, la plateforme CASMIA-G ASBL, coalition d’organisations de la société civile œuvrant dans le secteur des ressources naturelles, s’est exprimée avec gravité et lucidité ce 23 janvier 2025 à travers un communiqué de presse signé par son coordonnateur national Maître Schadrak MUKAD, elle prend acte de la récente décision de l’État congolais de prolonger pour trois mois l’interdiction d’exportation du cobalt, selon l’arrêté n°025/003 du 21 juin 2025, émis par l’ARECOMS.
Cette mesure, née d’un constat de surabondance du cobalt sur le marché international, pourrait sembler justifiée. Mais derrière cette façade de rationalité, CASMIA-G entrevoit une faille. Une faille juridique, stratégique, politique.
« Il est de bon aloi pour la RDC de maintenir sa mesure d’interdiction », reconnaît-elle d’emblée. Mais elle ajoute, comme un rappel au devoir de l’État : « tratégique, son exploitation doit être encadrée par des dispositions spécifiques prévues à l’article 7 bis du code minier. »
Sept ans après la révision du code minier, la réalité est troublante : aucune réglementation claire n’a vu le jour pour définir les conditions d’exploitation des minéraux stratégiques. Le cobalt, bien que déclaré tel, n’est régi que par le prélèvement d’une redevance minière de 10 %, comme le mentionne l’article 241 du code. Rien de plus.
«Le pays semble construire son avenir sur du sable mouvant,» dénoncent les observateurs de CASMIA-G.
Dans ce grand échiquier mondial des métaux critiques, chaque pays joue ses cartes. Certains avancent leurs pions avec méthode ; d’autres, comme la RDC, semblent jouer aux dés avec leur avenir. CASMIA-G cite l’exemple de l’Indonésie, qui, tout en augmentant sa production, bâtit un écosystème intégré : incitations locales, transformation sur place, stratégie industrielle.
Pendant ce temps, la RDC oscille entre interdictions soudaines et décisions sans lendemain, comme un bateau sans gouvernail pris dans une mer agitée.
Autre source d’inquiétude majeure : l’accumulation de cobalt non exporté, stocké par des entreprises que CASMIA-G qualifie de non identifiées. Une situation propice, selon l’organisation, à la fraude, aux détournements, aux opérations clandestines.
« Une vigilance accrue s’impose envers les entreprises à la base de ces excédents d’exportation », prévient le communiqué, avec le ton grave d’un avertissement.
CASMIA-G exhorte ARECOMS à ne pas rester figée dans l’attentisme. Il est urgent de prendre des mesures fermes contre les pratiques frauduleuses, en particulier dans les filiales locales de sociétés étrangères, souvent à l’abri des regards.
Au final, CASMIA-G ne conteste pas l’interdiction elle-même, mais déplore qu’elle s’inscrive dans une politique sans colonne vertébrale. Elle appelle à une gouvernance stratégique, à la mise en œuvre d’un cadre juridique clair, et à la fin des décisions ponctuelles et précipitées.
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