Une organisation de défense des droits humains exprime ses inquiétudes après l’annonce d’un dispositif d’accueil temporaire pour des migrants refoulés des États-Unis. Dans une lettre ouverte adressée au président Félix Tshisekedi, l’ONG JUSTICIA ASBL appelle les autorités à plus de transparence et à une prise en compte prioritaire des défis internes du pays.
Dans ce document daté du 5 avril à Kinshasa, l’organisation dit avoir pris connaissance « avec stupéfaction » du communiqué du Ministère de la Communication et Médias de la RDC annonçant la mise en place d’un dispositif d’accueil temporaire de ressortissants de pays tiers refoulés des États-Unis.
Pour l’ONG, l’annonce aurait été faite sans débat public ni information suffisante de la population, alors même que les implications pourraient être importantes pour le pays.
« Des accords de cette importance devraient être entérinés par les représentants du peuple congolais après un débat public citoyen », écrit l’organisation.
Dans sa lettre, JUSTICIA évoque également l’histoire récente de la RDC et l’accueil massif de réfugiés après le génocide de 1994 au Rwanda.
Selon l’ONG, les conséquences de cette période continuent de peser sur le pays, faute d’un encadrement suffisant par la communauté internationale.
« Depuis 1994 jusqu’à ce jour, la RDC continue à payer le lourd tribut d’avoir accueilli de bonne foi ces populations », souligne le document.
L’organisation se montre particulièrement critique sur la nature du dispositif évoqué dans le communiqué gouvernemental.
Elle estime que la RDC ne devrait pas être considérée comme un lieu de dépôt pour des migrants refusés ailleurs, y compris par les États-Unis.
L’ONG s’interroge également sur le statut juridique des personnes concernées, la durée de leur séjour et les responsabilités exactes des autorités congolaises dans ce dispositif.
Autre argument avancé par JUSTICIA : la situation humanitaire déjà critique dans l’est du pays.
L’organisation rappelle que plus de 15 millions de Congolais sont déplacés internes, conséquence notamment du conflit impliquant la rébellion du M23, accusée par Kinshasa d’être soutenue par le Rwanda.
En conclusion, JUSTICIA demande au gouvernement d’annuler tout accord qui ne respecterait pas la Constitution et les lois congolaises, estimant que ces engagements ne constituent « ni une priorité pour le pays ni un bénéfice pour la population ».
Pascal MULAND
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