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Lualaba : discrimination systémique, corruption syndicale et mise en danger des travailleurs à LCS

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À Lualaba Copper Smelter (LCS SAS), entreprise industrielle implantée dans la province du Lualaba, la situation sociale est décrite comme alarmante. Témoignages internes, documents non publiés et enregistrements audio en possession d’Aigleinfos dressent le tableau d’une société accusée de violations graves du droit du travail, de discrimination institutionnalisée, de corruption syndicale et de répression antisyndicale, en violation des lois de la République démocratique du Congo.

Après sept années d’activités, LCS ne compterait aucun cadre ni agent de maîtrise congolais. Selon plusieurs travailleurs interrogés, tous les Congolais seraient systématiquement classés comme manœuvres ordinaires ou lourds, sans considération pour leurs diplômes, qualifications ou ancienneté. Plus encore, ils seraient relégués au rang de simples « aides », tandis que la quasi-totalité des postes de responsabilité serait occupée par des ressortissants chinois.

D’après des témoignages concordants, la direction ne reconnaîtrait pas pleinement l’autorité de la législation congolaise, notamment en matière de SMIG, de classification professionnelle et de protection sociale. Un document interne affichant le SMIG officiel servirait uniquement de vitrine lors des contrôles, alors que les salaires réellement versés ne respecteraient pas cette norme.

Les travailleurs affirment être exposés quotidiennement au gaz, à l’acide et à divers produits chimiques toxiques, sans primes de risque ni compensation adéquate. Plus grave encore, LCS ne disposerait d’aucun médecin sur site, malgré la dangerosité des activités. Selon plusieurs sources internes, ce refus serait délibéré afin d’éviter toute traçabilité médicale de cas graves. Certains travailleurs accusent ainsi l’entreprise de chercher à dissimuler des décès ou des complications sanitaires liés aux expositions chimiques.

L’enquête révèle également des écarts salariaux jugés choquants. Un stagiaire chinois percevrait au minimum 5 500 dollars américains, tandis que les stagiaires congolais ne seraient pas recrutés. Certains expatriés toucheraient jusqu’à 25 000 dollars, alors qu’il serait jugé « impossible » d’accorder 1 000 ou 1 500 dollars à un travailleur congolais, même dans des conditions à haut risque. Les agents dénoncent aussi la remise tardive des bulletins de paie, fournis après le versement du salaire, contrairement aux pratiques en vigueur.

Sur le plan des effectifs, LCS compterait plus de 200 travailleurs chinois pour environ 800 Congolais, alors que les standards généralement admis recommanderaient un maximum de 40 expatriés pour un tel effectif local. Des chefs d’équipes chinois superviseraient directement les travailleurs congolais.

Depuis lundi, date initialement prévue pour le déclenchement d’une grève, la tension est montée d’un cran. Des pick-up de la police patrouilleraient régulièrement autour du site, une présence perçue comme une tentative d’intimidation et de dissuasion.

À ce jour, aucune copie du procès-verbal des négociations n’a été rendue publique par l’équipe syndicale. Plusieurs de ses membres affirment, sous anonymat, que 12 000 dollars américains auraient été distribués pour acheter le silence de certains responsables syndicaux. Les syndicats permanents de Kolwezi sont également accusés de collusion avec la société, allant jusqu’à faire pression sur des syndicalistes critiques. Le mouvement syndical serait par ailleurs divisé pour des raisons non officiellement révélées.

Le président de l’équipe syndicale, Gauthier, est directement mis en cause. Selon plusieurs sources, il disposerait d’un contrat privé de fourniture de bois avec LCS, compromettant son indépendance. Il agirait en étroite collaboration avec son cousin, Samuel, directeur des ressources humaines, pour protéger les intérêts de l’entreprise au détriment des travailleurs congolais.

Plusieurs agents confirment enfin avoir été convoqués par les ressources humaines pour s’être exprimés dans des groupes WhatsApp internes. Certains risqueraient le licenciement pour « avoir trop parlé ». Aigleinfos affirme également détenir des audios attribués au DRH, M. Samuel, dans lesquels il chercherait à identifier les initiateurs de la grève afin de les sanctionner.

Pascal MULAND

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