Par la rédaction
D’après une enquête de CASMIA-G ASBL
Une enquête menée par CASMIA-G ASBL (Comprendre et Agir dans le Secteur Minier Industriel et Artisanal et de la Gouvernance) révèle un pillage systématique des minerais de cuivre et de cobalt dans la concession minière de la Congolaise des Mines et Développement (COMIDE), située dans la province du Lualaba, au sud de la République Démocratique du Congo (RDC).
Selon les conclusions de cette investigation, des opérateurs chinois et libanais exploitent illégalement la concession, en collusion avec certains éléments des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), des policiers et des acteurs politiques locaux et nationaux.
COMIDE, une filiale d’ERG sous siège permanent
COMIDE est une filiale du groupe international Eurasian Resources Group (ERG), détenteur des permis d’exploitation n° 2606, 2607, 2608 et 12715.
D’après l’enquête, seul le permis 2606 échappe encore à l’occupation illégale.
Les trois autres périmètres sont actuellement exploités par des tiers non autorisés, dans des conditions qui violent de manière flagrante la réglementation minière congolaise.
La situation n’est pas isolée : la société voisine Swanmines, également filiale d’ERG et détentrice du permis n° 591, subit le même envahissement depuis plusieurs années.
Une militarisation inquiétante et une impunité assumée
Les enquêteurs de CASMIA-G décrivent un dispositif de militarisation ayant pour effet de protéger les exploitants illégaux.
Des éléments identifiés des FARDC, de la PNC ainsi que des militants de formations politiques, notamment ceux de l’UNAFEC (Jeunesse UNAFEC), sont cités comme principaux relais de sécurité pour les opérateurs étrangers impliqués dans ces activités illicites.
Selon le rapport, ces groupes agissent en toute impunité, allant jusqu’à intimider, torturer ou dépouiller les creuseurs artisanaux, menacer les autorités locales et racketer les populations riveraines.
Des cas de violences physiques, d’arrestations arbitraires, de violences sexuelles et d’exploitation d’enfants ont également été documentés.
« Le périmètre de COMIDE est devenu une zone de non-droit, où la loi du plus fort a remplacé la loi de la République », déplore un membre de la société civile locale cité dans le rapport.
Les institutions publiques également mises en cause
L’enquête de CASMIA-G met aussi en lumière la complicité de certains services publics, accusés de délivrer des documents officiels à des opérateurs non habilités.
Le rapport cite notamment l’AFRIDEX (Agence des explosifs) et le SAEMAPE (Service d’Assistance et d’Encadrement du Small Mining), qui auraient accordé des autorisations de transport d’explosifs, de stockage, d’installation de coopératives minières et de transport de minerais, alors même que la concession est légalement attribuée à COMIDE.
Ces pratiques, qualifiées de fraude administrative et de complicité d’exploitation illégale, placent l’État congolais au cœur d’une responsabilité juridique et politique.
Des tensions récurrentes sur le terrain
Entre le 16 et le 18 mai 2023, des affrontements violents ont éclaté entre militaires et creuseurs artisanaux sur les sites de Kisankala et Kalukundi, à la suite de la confiscation des collines minières connues sous les noms de Sierra, Moto Pompe et TFM.
Ces incidents ont provoqué des manifestations populaires, notamment le blocage de la Route Nationale n°39 à Kisanfu, paralysant le trafic pendant plusieurs heures.
Depuis lors, les mouvements de contestation se sont multipliés, contraignant à plusieurs reprises les autorités provinciales du Lualaba à se rendre sur place pour tenter d’apaiser la population, sans résultat durable.
Un impact économique et social dévastateur
Au-delà des pertes financières pour l’entreprise, cette exploitation illégale affaiblit considérablement les perspectives de développement local.
COMIDE, qui devait lancer la construction d’une usine de traitement génératrice d’emplois et de revenus pour la région, voit ses activités paralysées par l’insécurité persistante.
Le rapport note que le pillage ne profite ni aux communautés locales, ni au Trésor public, mais alimente des circuits parallèles de contrebande, de corruption et de fraude fiscale.
« Si cette situation perdure, le groupe ERG pourrait suspendre ses investissements dans le Lualaba », prévient le rapport, évoquant un risque de désengagement d’un investisseur stratégique pour la RDC.
Un État défaillant face à ses obligations
CASMIA-G rappelle que la Constitution congolaise impose à l’État de garantir la sécurité des investissements privés.
Or, dans le cas de COMIDE, l’enquête dénonce le laxisme, voire la complicité, de certains agents de l’administration publique, qui auraient manqué à leur devoir de contrôle et de protection.
Le Code minier congolais, en son article 109, stipule qu’aucun périmètre minier couvert par un permis d’exploitation ne peut être transformé en Zone d’Exploitation Artisanale (ZEA) sans renonciation préalable du titulaire du droit minier.
Aucune renonciation n’ayant été enregistrée, toute activité artisanale ou semi-industrielle sur le site de COMIDE demeure illégale.
Un Far West minier en plein cœur du Lualaba
L’affaire COMIDE symbolise la dérive structurelle du secteur minier congolais, où la porosité entre le pouvoir politique, les forces de sécurité et les exploitants étrangers mine la gouvernance du secteur.
Ce système, où les rentes informelles et la violence organisée remplacent la régulation étatique, menace non seulement l’économie nationale, mais aussi la crédibilité de l’État congolais vis-à-vis des investisseurs internationaux.
À l’image du Lualaba, le cœur du cuivre et du cobalt mondial, le Congo minier semble glisser vers un nouveau Far West, où le droit se tait et où les armes imposent leur loi.
Pascal MULAND
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