Après sept mois de suspension des exportations de cobalt, la plateforme CASMIA-G ASBL interpelle le gouvernement congolais. Tout en reconnaissant le bien-fondé initial de la mesure, elle estime qu’il est désormais urgent de lever cette restriction et de définir une stratégie nationale claire de valorisation locale de ce minerai stratégique.
En République démocratique du Congo, la plateforme CASMIA-G ASBL, regroupant diverses organisations de la société civile engagées dans la gouvernance des ressources naturelles, exhorte le gouvernement à lever la suspension des exportations de cobalt. Instituée depuis sept mois, cette mesure exceptionnelle devrait désormais, selon la plateforme, céder la place à une politique minière cohérente et durable.
Une décision initialement saluée, mais devenue contraignante
Le 21 juin 2025, par l’entremise de l’ARECOMS, les autorités congolaises avaient prorogé pour trois mois l’interdiction d’exporter le cobalt brut, invoquant la surabondance de ce minerai sur le marché international. À cette époque, CASMIA-G avait jugé cette décision « fondée et salutaire » pour le secteur minier national.
À l’heure où cette prolongation arrive à son terme, la plateforme estime que la mesure a désormais atteint ses limites. « À ce jour, la levée de la suspension sera bénéfique à l’État, aux provinces et aux entités territoriales décentralisées bénéficiaires de la redevance minière », souligne le communiqué.
Le rappel de l’impératif légal
CASMIA-G insiste par ailleurs sur la nécessité de respecter le cadre constitutionnel et législatif en vigueur. Le code minier révisé prévoit en effet un régime spécifique pour les minerais stratégiques, qui requiert des mesures réglementaires précises de valorisation locale. Or, constate la plateforme, « sept ans après l’entrée en vigueur du code minier révisé, il n’existe aucun décret d’application sur les conditions de valorisation locale du cobalt et des autres minerais stratégiques ».
Cette lacune normative prive l’État congolais d’outils essentiels pour encadrer et organiser la transformation nationale de ses ressources.
L’urgence d’une stratégie nationale de transformation
La société civile plaide donc pour une clarification immédiate de la politique minière, fondée sur des orientations claires et opérationnelles. « CASMIA-G ASBL demande au gouvernement congolais de prendre des mesures suffisantes sur l’exploitation et la valorisation des minerais stratégiques (…) au lieu de se limiter à la perception de taxes sur des produits exportés à l’état brut », affirme le communiqué.
Parmi les solutions proposées, la plateforme suggère notamment d’« explorer la possibilité d’introduire des quotas sur les quantités à exporter », de manière à favoriser une mobilisation progressive des recettes tout en stimulant la transformation locale.
Un appel à la mobilisation du secteur minier
CASMIA-G invite l’ensemble des acteurs du secteur minier : entreprises, coopératives et organisations de la société civile, à s’approprier le contenu de ce communiqué et à soutenir une réforme structurelle. Elle rappelle l’« urgence qui s’impose pour transformer localement le cobalt et d’autres minerais critiques », afin que ces ressources stratégiques deviennent de véritables leviers de développement économique, plutôt que de simples matières premières destinées à l’exportation.
Pascal MULAND
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