Invité sur le plateau de l’émission « Fauteuil Blanc » de Jean-Marie Kassamba, Jean-Lucien Bussa Tongba n’a pas fait dans la langue de soie. Loin des discours lénifiants qu’on sert habituellement à l’opinion, l’ancien ministre du Portefeuille a préféré le franc-parler, les faits, et surtout une vision.
Pendant qu’on s’attendait à un monologue défensif, on a eu droit à un exposé méthodique : oui, il est venu, oui, il a agi, et non, il ne regrette rien.
Avec une précision presque chirurgicale, l’actuel ministre de l’aménagement du territoire a commencé par recadrer les fonctions réelles du ministère du Portefeuille. « Je ne suis pas la police technique », a-t-il lâché, presque amusé. Il n’est pas là pour surveiller, mais pour structurer.
Et structurer, il l’a fait, en mettant en place un cadre clair où les professionnels, les vrais, peuvent gérer les entreprises publiques avec des indicateurs, pas des incantations.
La nomination de figures bancaires comme Kabedi Malangu Mbuyi et Célestin Mukeba à la CADECO en est une illustration presque clinique : lorsqu’on confie la gestion à des gens qui lisent les bilans au lieu de les redouter, les chiffres reprennent des couleurs.
Face à l’énigme des joint-ventures minières aux bénéfices invisibles dans les caisses de l’État, Jean Lucien Bussa a proposé que 25 % desdits bénéfices soient reversés au Trésor public. Une hérésie pour certains, une bouffée d’air fiscal pour d’autres.
Appuyé par le Président de la République et validé par le Parlement, il a mis tout le monde devant ses responsabilités. Pour une fois, on a parlé d’intérêt général sans passer par les cases « table ronde », « atelier » ou « mission d’experts ».
Son passage au ministère du portefeuille n’aura duré qu’un souffle, mais il a laissé des marques. Congo Airways va bientôt recevoir deux nouveaux avions grâce à une intervention coordonnée avec la CNSS ; Air Congo rouvre une ligne vers l’Afrique du Sud ; et la MIBA, cette mine devenue presque légendaire par son inactivité, a bénéficié d’un plan de relance accompagné d’un financement de 50 millions USD.
Mais là où l’homme a marqué les esprits, c’est du côté humain. En pleine émission, il raconte presque sobrement qu’il a permis à 750 retraités de la RVA de percevoir leurs droits pour la première fois en 53 ans. Pas 53 mois. 53 ans. Grâce à une manœuvre propre, via un crédit négocié auprès de EquityBCDC, orchestré à l’époque par un certain Mukeba Muntuabu. Aujourd’hui, le même Mukeba est à la CADECO. Coïncidence ou suite logique d’une gouvernance qui choisit les gens sur leur CV plutôt que sur leurs connexions WhatsApp ?
En résumé, Jean-Lucien Bussa a peut-être quitté le ministère du portefeuille, mais son passage aura laissé une empreinte difficile à effacer. Dans une administration publique souvent dominée par les slogans, il a proposé des chiffres. Là où beaucoup distribuent des postes comme des bonbons de campagne, lui a distribué des responsabilités.
Et pendant que certains tournent autour de la fonction publique comme des papillons de nuit, lui aura montré que le feu sacré de la réforme peut encore éclairer, sans brûler.
Ludovick Iwele

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