Province riche en ressources mais pauvre en services, le Lualaba illustre le paradoxe congolais. Tandis que ses minerais alimentent l’industrie mondiale, ses routes se dégradent, ses écoles tombent en ruine, et sa population peine à survivre. Entre promesses non tenues, silence de l’État et abus des multinationales, le peuple du Lualaba continue de vivre debout… dans l’oubli.
Le Lualaba, province minière stratégique de la RDC, regorge de richesses naturelles : cuivre, cobalt, or, manganèse. Pourtant, derrière les chiffres étincelants de l’exportation se cache une réalité sombre : des routes dévorées, des hôpitaux vides, des écoles effondrées, une jeunesse à la dérive. Tandis que les multinationales creusent toujours plus profond, l’État s’enfonce dans un silence coupable.
Douze barrières pour couvrir l’absence d’insécurité
Sur la RN39, tronçon Kolwezi-Dilolo, ce ne sont pas les groupes armés qui menacent la paix, mais l’État lui-même, devenu acteur du racket routier. Douze barrières sur une route pourtant calme, où les citoyens sont contraints de payer une dîme injustifiée :
« 250 000 FC par camion, 25 000 FC par moto, 20 000 FC par passager », dénonce le député provincial Benjamin Tshihiluka à la plénière consacrée à l’audition et adoption des rapports de vacances parlementaires.
Les transporteurs de bière, eux, sont obligés de laisser six casiers à chaque poste.
Quand la route devient une métaphore du pays
La RN39, autrefois axe vital, n’est plus qu’un bourbier géant. Chaque saison des pluies en efface un peu plus.
La RN40 ou route Sanka, a disparu alors qu’elle était encore en chantier. Où devaient passer des véhicules, des paysans cultivent le silence de l’État. Une route reconvertie en champ sur certains axes faute d’attention.
Économie : L’or sort du sol, la misère colle à la peau
Le Lualaba produit. Beaucoup. Mais ne récolte presque rien.
À Kisenge dans le territoire de Dilolo, les agents de la société de manganèse travaillent depuis 21 ans sans salaire.
Leur moteur : l’espoir. Leur récompense ? Le mépris.
Pire : un nouveau directeur général applique une politique de licenciement en série.
Dans les mines artisanales : Les hommes s’usent, Les femmes pleurent, Les enfants troquent leur enfance contre un sac de poussière.
Foncier : Expulsés sur leur propre terre
Dans les territoires de Lubudi et de Mutshatsha, des populations entières sont chassées sans compensation, leurs terres avalées par les géants miniers.
Un sujet chinois de TFM a même fracturé les jambes d’un Congolais, sans qu’aucune autorité ne réagisse. Les lois foncières ignorées. La dignité humaine broyée sous les engins.
Justice : L’État taxe, le peuple tranche
Pas de locaux, pas de juges. Là où la justice est absente, c’est la loi du plus fort qui s’impose.
À Musumba, les conflits se règlent à coups de machettes. Les rares magistrats exigent des amendes démesurées, rendant la justice inaccessible aux plus pauvres.
Éducation et santé : Survivre sans apprendre, tomber malade sans espoir
Écoles à ciel ouvert, classes sans maîtres, enfants sans crayons. Des enseignants obligés de marcher des centaines de kilomètres pour percevoir leur salaire.
Et quand le payeur fait demi-tour ? Personne ne l’inquiète.
Dans les hôpitaux : Pas de médicaments, Pas de matériel, Pas de personnel qualifié.
À Sandoa, ni ambulance, ni corbillard. Même mourir dignement est un luxe.
Jeunesse oubliée, avenir bradé
Dans tous les territoires, la jeunesse est livrée à elle-même.
Chômage, alcool local, violence gratuite, grossesse non désirées, mariage précoce.
Les Banakilembalemba dans la deuxième ville de la province, Kasaji, imposent leur loi en toute impunité.
Énergie : Un soleil de mensonges
En 2024, la gouverneure promettait des centrales solaires à Dilolo et Sandoa.
En 2025, pas un panneau, pas un fil, pas même une brique. Juste une clôture en tôle et des gardiens qui gardent le vide.
Pendant ce temps, Kolwezi rafle toutes les attentions du pouvoir.
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