La cité de Kisanfu, dans la province du Lualaba, est sous le choc après une série de violences meurtrières déclenchées à la suite d’un drame survenu samedi soir. Ce qui n’était au départ qu’un simple malentendu entre deux individus a dégénéré en représailles sanglantes, nourries par des amalgames politiques et des tensions communautaires. Bilan provisoire : un mort, plusieurs biens incendiés ou pillés, et une cité paralysée.
Tout commence samedi soir par une altercation entre le Gérant d’une cabine de recharge téléphonique également vendeur de carburant et un jeune affilié au parti politique UNAFEC. Le client, muni d’un jeton provenant d’un autre prestataire, exige la restitution de son téléphone. Le Gérant refuse, indiquant que le jeton n’est pas de sa cabine.
La dispute s’envenime. Dans un geste de colère, le jeune militant met le feu au stock de carburant entreposé à proximité. Une explosion s’ensuit. Le Gérant est brûlé vif sur place, sans avoir eu le temps de se sauver.
Au petit matin de ce dimanche, la famille de la victime mobilise les siens et incendie le siège local de l’UNAFEC, situé non loin du lieu du drame. En représailles, des jeunes du même parti barricadent la Route Nationale n°39, brûlant des pneus et paralysant toute la cité : commerces fermés, cultes suspendus, activités figées.
Mais l’escalade ne s’arrête pas là. Dans un contexte où l’appartenance ethnique devient suspecte, certains jeunes de l’UNAFEC assimilent la victime d’origine kasaïenne à un membre de l’UDPS. Cet amalgame identitaire pousse des militants en colère à incendier le siège local de l’UDPS, ainsi que la voiture du président de sa jeunesse à Kisanfu.
D’après Stanislas Ilunga, acteur de la société civile locale, au moins six commerces et boutiques ont été pillés au cours de ces représailles. Il lance un appel au calme, dénonçant les amalgames dangereux :
« Être kasaïen ne signifie pas appartenir à l’UDPS. »
Il s’insurge également contre l’attitude passive des autorités locales.
« Les services de sécurité sont intervenus tardivement et de manière inefficace. Pire encore, ils semblent blâmer la famille de la victime, comme si la vie humaine ne comptait plus à leurs yeux », fustige-t-il.
La tension reste extrêmement vive à Kisanfu, où les habitants craignent une nouvelle vague de violence.
Pascal Muland
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