Une enquête du consortium de la jeunesse, membre du Cadre de concertation de la société civile du Lualaba, met en lumière de sérieuses irrégularités dans la gestion des fonds issus de la redevance minière dans le secteur de Lufupa. Ces fonds, versés par les entreprises minières Kamoa SA et Kalongo Mining, devaient servir à financer des projets communautaires. Mais les chiffres et les réalisations sur terrain ne concordent pas.
Des projets financés… mais invisibles
Selon la cheffe de secteur de Lufupa, plusieurs projets ont été réalisés grâce à 1 million de dollars issus de la redevance minière : deux marchés modernes, un guest house, un bureau administratif, des écoles, un forage d’eau, l’asphaltage de routes et des projets agricoles couvrant 190 hectares.
Mais sur le terrain, le constat est tout autre. Le consortium rapporte que trois écoles (Tshipaya, Kangeya, Mushima) sont bien visibles, mais deux d’entre elles ont été construites par son prédécesseur, et la troisième par le gouvernement provincial. Leur coût cumulé est estimé à 908 595,72 USD, une somme qui, si tirée des fonds de la redevance minière actuelle, serait un détournement.
Des marchés partiellement construits
Les marchés annoncés auraient coûté 297 267,57 USD, mais seuls 32 étalages sur 100 sont visibles. Le reste, ainsi que les fonds alloués, restent introuvables. Le bureau administratif et les toilettes sont bien présents, mais leur coût global reste sujet à caution.
98 kilomètres de routes inexistantes
Un projet de 98 km de routes en terre battue, censé relier Mushima, Sakabinda, Kalongo, Musokantanda et Kamayaikeketi, a été budgétisé à 297 276,57 USD, soit 3 033,43 USD par kilomètre. Un coût jugé excessif, surtout qu’aucun de ces travaux routiers n’a été exécuté. La jeunesse locale s’interroge : comment justifier un montant identique à celui des marchés, jusqu’à la virgule près ?
Forages : 10 annoncés, 1 visible
Dix puits de forage ont été budgétisés à 201 000 USD (soit 20 100 USD par puits). Mais seul un puits est visible, réalisé à Musokantanda sur fonds propres de l’administration actuelle. Les neuf autres seraient des projets hérités du cahier de charge de Kamoa ou de l’ancienne administration.
Des écarts financiers inquiétants
En 2023, la redevance minière perçue par le secteur s’élèverait à 12 483 576,85 USD, selon les chiffres de Kamoa SA. Pourtant, la cheffe de secteur ne reconnaît que 12 075 740,25 USD, soit une différence de 407 836,60 USD.
Pour janvier et février 2024, Kamoa aurait versé 2 628 863,30 USD, mais seulement 2 303 400 USD sont reconnus, créant un écart de 325 463,30 USD.
Plus de 5,7 millions USD non retracés
L’analyse globale des projets réalisés entre septembre 2023 (date d’entrée en fonction de la cheffe secteur) et février 2024 révèle qu’environ 5 757 050,02 USD issus de la redevance minière ne sont pas retracés.
Appel à l’audit et à la redevabilité
Face à ces révélations, le consortium de la jeunesse appelle à un audit indépendant et à la publication des états financiers du secteur de Lufupa. Il est impératif que lumière soit faite sur l’utilisation des fonds publics afin de restaurer la confiance des populations et garantir que la redevance minière bénéficie réellement aux communautés locales.
Tous nos efforts pour avoir la réaction du secteur sont restés vains… Dossier à suivre
Ludovic Kiwele
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